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Thomas Piketty et les retraites

Publié le : 04 Dec 2019

Thomas Piketty a provoqué un vif débat en laissant entendre maladroitement sur France Inter que les retraités très aisés (salaires supérieurs à 120.000 euros annuels) cotiseraient 10 fois moins que les autres ( taux de 2,8 % contre 28%) après la réforme des retraites. Une inégalité de plus, d’après lui.

La réalité est bien différente : le projet prévoit en effet une cotisation identique (16 % par les employeurs, 12 % par les salariés) jusqu’à un salaire annuel de 120.000 euros, pour des retraites dont le maximum serait plafonné à 70 % à partir d’un certain niveau , donc à 84.000 euros pour un salaire de 120.000 annuels. Dans ce nouveau système la cotisation de 2,8 % prélevée au dessus de 120.000 euros est donc une cotisation de pure solidarité, sans bénéfice pour le cotisant, ce que n’a pas précisé l’économiste.

Celui ci soulève malgré tout un vrai débat : faut-il introduire dans le nouveau système par points davantage de solidarité qu’aujourd’hui, où la retraite est strictement proportionnelle aux revenus de la vie active ? Ce serait en effet souhaitable dans la mesure où ceux qui disposent des plus hauts revenus ont aussi, en moyenne une espérance de vie plus longue. La cotisation de 2,8 % introduite au-dessus de 120.000 euros va justement dans ce sens.

Thomas Piketty propose désormais d'augmenter fortement cette "cotisation de solidarité" redistribuée grâce à la progressivité des taux de remplacement du dernier revenu (85 % au niveau du SMIC, 80 %, puis 75 % ensuite etc.) : le système de retraite par points permet alors de renforcer la solidarité par rapport au système actuel, uniquement proportionnel. Pourquoi pas ? c'est alors un choix de société parfaitement défendable, à soumettre aux partenaires sociaux et aux français.

Reste une limite, malgré tout : comme le nombre de bénéficiaires de ces très hauts revenus est réduit, même en augmentant fortement leur taux de cotisation la recette globale ne permettra probablement pas d’améliorer énormément la pension de la masse des retraités modestes, beaucoup plus nombreux. Pour y parvenir significativement, il faudrait sans doute opérer une redistribution plus large en abaissant le seuil où une cotisation de solidarité est prélevée.



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