Portrait

Quelques convictions

Publié le : 13 Nov 2014

Je suis progressivement venu à la politique pour contribuer à rendre la société plus juste et plus humaine. Les inégalités sociales considérables qui existaient dans les années 70, alors que la France avait bénéficié d’une longue période de croissance depuis la guerre me semblaient à la fois injustes et inacceptables. Dans un contexte différent, même si des choses ont changé, c’est toujours ma motivation principale aujourd’hui.

Au-delà de la reconnaissance légitime qui doit bénéficier à tout salarié ou apprenti – et qui passe d’abord par son salaire – je suis convaincu que l’efficacité des entreprises ne peut pleinement se révéler sans cohésion sociale. Sans revenus salariaux dignes, pas de demande, donc pas de production ni d’emploi. Sur ce point, les leçons de J.M. Keynes restent complètement actuelles. J’ajouterais que l’entreprise doit rester une collectivité humaine, ce dont la menace la montée en puissance d’un capitalisme purement financier.

Je crois en la responsabilité individuelle en même temps qu’à l’influence des déterminismes économiques et sociaux. L’importance majeure de ceux-ci dans la formation de la personnalité ne me conduit pas à rejeter le principe de l’autonomie de décision, fondement de la liberté et donc de la responsabilité individuelle.

Le devoir de la société, notamment par l’éducation et la culture, est de donner à tous la capacité à construire cette liberté de pensée, le plus rationnellement possible. Et de contribuer à réduire les inégalités liées à l’origine ou aux accidents de la vie. Une école forte et une vie culturelle intense, innovante, sources de questionnements et de remise en cause ont donc un rôle fondamental dans la cité. Sur ces bases, je pense que nous pouvons changer l’ordre des choses, dans ce domaine comme dans d’autres. Autrement dit “là où il y a une volonté, il y a un chemin”.

Aujourd’hui, la progression fulgurante de l’individualisme me préoccupe. Certes, elle peut être génératrice de nouvelles formes d’engagement et de dynamisme. Mais je pense que sans vision ni pratiques collectives, sans solidatité, la société est menacée de délitement. Il n’y a aucune solution individuelle aux graves problèmes environnementaux qui menacent la planète, à la surpopulation du monde, aux nouveaux risques en matière de santé, etc. Même chose, plus près de nous, pour les problèmes posés par l’extension spatiale de la ville, aux questions énergétiques, au recul de la pauvreté et de la précarité, au « vivre ensemble » dans notre cité, etc… L’importance de nos choix et de nos décisions collectives est donc déterminante. D’où la nécessité de l’engagement citoyen. Sur ces bases, je pense que les hommes peuvent et doivent changer l’ordre des choses, ne pas sombrer dans le fatalisme.

Le rapport entre l’individuel et le collectif nous invite aussi à nous méfier de l’affaiblissement progressif de certaines valeurs qui constituent autant de « points de repères » importants. Tout ne peut être autorisé à chacun dès lors que nous avons un destin collectif. En particulier la violence, qui progresse sous diverse formes, et qui est pour moi totalement inconcevable. Ceci est valable dans nos relations personnelles, de proximité, de quartier, dans la cité. C’est pourquoi je pense qu’il faut sans doute rappeler avec plus de force, aujourd’hui, les valeurs et les principes de la République.

Dans un monde, et donc une ville, qui seront de plus en plus ouverts sur les autres cultures, qui rassembleront des groupes sociaux aux convictions ou aux choix personnels différents, chacun perçoit les risques potentiels des dérives communautaires. Je pense que nous devons y être vigilants car ces évolutions pourraient à terme devenir un autre facteur de délitement de la société. Pour moi, la réponse principale s’appuie sur le principe de laïcité, nécessaire au respect des croyances et convictions de chacun, mais aussi condition de base au vivre-ensemble.

Ces convictions ont été forgées par la réflexion personnelle, un peu d’expérience désormais, de nombreux voyages dans le monde, l’enrichissement énorme que m’a apporté l’Université de Saint-Etienne, bien avant qu’elle prenne le nom de Jean-Monnet. Mais aussi par mon éducation, mon entourage familial, la vie collective dans mon quartier, les discussions passionnées des réunions amicales et politiques et… le football.

Car je ne crois pas que le sport soit « l’opium du peuple » sauf s’il est instrumentalisé par le pouvoir ou l’argent. Et sans doute aujourd’hui le risque est-il bien plus important du coté de l’argent… Sachons prévenir ce risque pour que la joie et l’émotion qu’il peut procurer, l’accomplissement individuel qu’il peut offrir dans un projet collectif, les valeurs de loyauté, de combativité, l’anti-racisme qu’il porte en lui relèguent au loin les excès toujours possibles, et plus particulièrement ceux du nationalisme et du chauvinisme.

Le foot nous ramène forcément à Saint-Etienne. J’aurais pu commencer ce propos en rappelant, comme c’est attendu d’un candidat à la Mairie, mon attachement à la ville, à ses habitants, à sa culture, etc… Est-ce utile d’insister désormais, puisque, chacun l’a compris, ces convictions trouvent leur fondement dans notre ville, elles en épousent les principales valeurs. Elles sont, finalement, autant stéphanoises que personnelles. Comme pourrait l’être ce poème bien connu de René Char : “Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront”.



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