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Paris Saclay 14eme dans le classement de Shanghai, quels enseignements ?

Publié le : 03 Sep 2020

L'obtention par l'université Paris-Saclay de la 14eme place dans le "classement de Shanghaï" est saluée comme une grande victoire nationale par la majorité des responsables politiques du pays : l'université et la recherche française seraient enfin reconnues au niveau mondial.

En réalité, rien n'a vraiment changé sur le fond, le nombre et la qualité réelle des chercheurs n'a pas varié, pas plus que le niveau ou la diffusion de leurs publications : les uns et les autres étaient simplement répartis auparavant dans diverses grandes écoles, centres de recherche et à l'université Paris Sud Orsay. C'est seulement leur regroupement administratif dans une institution, la nouvelle université Paris-Saclay dont ils portent désormais la signature unique, qui permet à celle-ci d'être "reconnue" 14eme université dans le monde. Ce rang affiché comme une grande conquête résulte finalement d'une simple addition.

Au-delà du "cocorico" pour l'image scientifique du pays (qui semble curieusement la préoccupation exclusive des commentateurs), quels enseignements en tirer ?

1/ Premièrement que la volonté de constituer une douzaine de "grandes universités de recherche" tient enfin une victoire symbolique. Principale orientation des politiques conduites depuis une dizaine d'années, elle revient à concentrer encore davantage l'effort de recherche du pays sur Paris et quelques grandes métropoles sans avoir fait l'objet d'un véritable débat public. Est-il raisonnable de reporter définitivement ce débat ? Sans doute non, au regard des  conséquences multiples pour l'enseignement supérieur, en particulier pour tout ce qui ne relève pas de la recherche stricto sensu : démocratisation et qualité de l'enseignement, insertion professionnelle, transferts de connaissances, développement territorial, etc.

Même dans le domaine de la recherche, des questions restent en suspens : les laboratoires d'excellence (Labex), équipements d'excellence (Equipex) et autres équipes de recherche mondialement connues dans leur domaine mais situées hors des métropoles et "universités de recherche" seront-elles à l'avenir délestées de tous financements nationaux, simplement tolérées, soutenues ou sommées de se transférer dans les capitales régonales ? Sortir de ce flou...qui concerne au minimum une trentaine d'universités et de villes est aujourd'hui indispensable pour leurs personnels comme pour les acteurs économiques et politiques locaux qui les financent depuis des dizaines d'années. A l'heure où l'écoute des territoires est réhabilitée, il serait stupéfiant que l'Etat ne s'engage pas enfin clairement à continuer à soutenir ces pôles d'excellence.

2/ Deuxièmement, et c'est là un vrai revers pour les ayatollahs des fusions d'unversités, le succès de Paris-Saclay revient à un établissement expérimental...qui n'a rien fusionné du tout, puisque les écoles rassemblées ont conservé leur personnalité morale et juridique. Même chose pour les instituts de recherche, où les nombreuses "Unités Mixtes" entre université et grands organismes n'ont pas attendu Shanghai pour prospérer. Autrement dit c'est le "modèle fédéral" du regroupement d'établissements qui obtient cette 14eme place, et pas celui qui impose de dissoudre des universités ou instituts existants.

3/ Troisièmement, Paris Saclay inclut à ce stade deux universités associées, Evry et Versailles-Saint-Quentin qui ont conservé leur personnalité morale et juridique. Qu'apporterait réellement leur dissolution, toujours officiellement souhaitée aujourd'hui ? Passer de la 14eme à la 13eme place mondiale, peut-être, au prix de conséquences sur leurs environnements respectifs ? Pourquoi leur refuse-t-on le maintien de l'autonomie que l'on accorde aux écoles ? Quelles modalités de regroupement pour éviter les "usines à gaz" ingérables promises ailleurs, comme par exemple à Lyon-Saint-Etienne. Là encore, ces questions non traitées ne peuvent rester en l'état au bénéfice d'un dogme très éloigné des exigences universitaires.



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