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La planche à billets pour financer la dette, quelles conséquences ?

Publié le : 12 Jun 2020

Le passage de notre dette publique de 100 à 120 % du PIB en 2021 et l'annonce de l'émission d'une dette nouvelle mutualisée de 750 milliards par l'Union Européenne (encore à valider par le vote des chefs d'état) pose avec de plus en plus de force la question du remboursement de ces dettes, par qui et sur combien de temps. D'autant plus que la BCE a déjà procédé au rachat de plus de 3000 Mds de dettes publiques et privées ces dernières années.
 
Au départ, ces opérations se font par création monétaire ex nihilo (émission de nouveaux euros par la BCE) qui se traduit par l'injection d'autant de pouvoir d'achat supplémentaire dans l'économie. Lorsque ces dettes sont remboursées par les états, c'est une destruction de monnaie qui vient compenser la création initiale. Décider d'annuler ces dettes (ou une partie) comme le proposent certains économistes revient à annuler leur remboursement, donc à laisser courir dans l'économie réelle les milliards d'euros créés au départ : c'est la "planche à billet" qui fonctionne et évite aux états d'augmenter les impots ou de réduire leurs dépenses.
 
Dans les périodes de difficultés budgétaires et d'endettement public élevé actuels, cette "monnaie magique" obtenue sans effort ni sacrifice apparait pour certains économistes et responsables politiques comme la solution idéale : il suffirait d'utiliser ces possibilités pour relancer l'économie, créeer des emplois, etc. A gauche, quelques-uns proposent ainsi d'annuler une partie des dettes publiques afin de financer un grand plan européen de transition écologique. Possible sans doute, à condition d'y mettre des limites.
 
Cet optimisme est toutefois loin de faire consensus. On sait par exemple que ce type de politique a pu historiquement engendrer une inflation forte voire une hyperinflation conduisant au désastre des années 1930 en Allemagne (qui explique l'opposition habituelle de ce pays à ces politiques). Aujourd'hui, ce risque parait limité car la période est plutôt déflationniste (faible activité, faible inflation)  pour de nombreuses raisons non monétaires.
 
Où passe, alors, cette monnaie supplémentaire  et quels sont les risques d'une utilisation excessive de la "planche à billets" ? En réalité, aucune réponse ne fait l'unanimité. Beaucoup d'économistes notent une hausse régulière, déconnectée de la vie économique, du cours des actions (la Bourse) et des prix immobliers. Cette création monétaire irait donc constituer des "bulles spéculatives" dont l'éclatement serait inéluctable, un jour où l'autre, en appauvrissant brutalement les épargnants qui auraient acheté ces actifs à des prix surévalués. Cet éclatement produira nécessairement une baisse de l'activité suite à des faillites d'entreprises et/ou de crise du BTP, autrement dit une crise économique, de nombreux chômeurs, etc. Après le laxisme monétaire, le retour sur terre serait donc douloureux.
 
D'autres spécialistes estiment qu'une partie importante de cette monnaie reste en fait dans le coffre des banques, leur permet d'améliorer leurs bilans et ne circule pas beaucoup (d'où l'absence d'inflation) : mais ceci peut évoluer et les déséquilibres réapparaitre.
 
La science économique n'apporte pas aujourd'hui une réponse claire et nous laisse dans l'incertitude sur les conséquences du recours massif à la planche à billets, si agréable car indolore dans un premier temps. Le pragmatisme de la BCE depuis Mario Draghi s'est révélé jusqu'ici efficace sans entraîner de contrecoups, mais la nouvelle phase engagée va clairement plus loin, plus vite, suite à l'arrêt des économies imposé par le Covid 19.
 
En définitive, si racheter des dettes publiques apporte incontestablement des effets positifs sur la croissance et l'emploi à court terme, le moyen et le long terme sont moins connus. Et le recours illimité en volume et en temps à la planche à billets ne peut de toutes façons être envisagé car la confiance dans la monnaie (l'euro) en serait nécessairement altérée, son cours pourrait s'effondrer, les investisseurs internationaux s'en détourner :  une crise financière pourrait alors entraîner celle de l'économie réelle.
 
 
 
 
 



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