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L'effacement du clivage gauche / droite et la recherche d'une voie progressiste

Publié le : 05 Apr 2019

Depuis 2017, la question de savoir si le clivage gauche / droite va ou non se reconstituer pour structurer la politique française, comme ce fut le cas entre 1974 et 2017, est dans tous les esprits. Une réponse négative apparait chaque jour plus probable, avec un certain nombre de nuances.

En effet, ce clivage accentué en France par la dimension bipolaire de l'élection présidentielle était également présent sous une forme atténuée dans tous les pays industrialisés : sociaux-démocrates contre libéraux, travaillistes contre conservateurs, démocrates contre républicains etc. Partout, il a explosé au profit de forces politiques qui expriment globalement une autre opposition sociologique  : en gros, les "gagnants" contre les "perdants" de la nouvelle économie caractérisée par la mondialisation et les innovations technologiques accélérées.

Pour l'essentiel, les "gagnants" sont en général les cadres, ingénieurs, salariés des services à haute valeur ajoutée, des grandes entreprises structurées. Les fonctionnaires et assimilés ne sont pas tous gagnants (en fonction de leur statut) mais sont au moins protégés de la perte d'emploi.

Les "perdants" sont massivement les salariés moyennement ou peu qualifiés, dans les PME, précaires, concurrencés frontalement par les délocalisations, l'emploi des salariés à bas coût à l'étranger, les numérisation et robotisation rapides de nombreuses tâches. On trouve aussi des indépendants, agriculteurs et commeraçnts dont l'activité même est menacée dans certaines régions en crise ou isolées.

Au sein des "gagnants" comme des "perdants", les références aux valeurs de gauche et de droite n'ont pas disparu, mais passent au second plan.

Si les "gagnants" sont globalement plus aisés que les "perdants", les uns et les autres rassemblent  des catégories sociales diverses. Le nouveau clivage qui s'impose partout est bien davantage celui de l'ouverture, de l'adaptation à la nouvelle économie à la fermeture et au refus de ces évolutions. Ce clivage s'exprime notamment par rapport à la mondialisation, à l'immigration et à  l'Europe. Il est dangereux car il sépare la population en deux parties quasiment équivalentes.

Des deux cotés, les plus réalistes réclament la préservation de notre modèle social et la mise en place d'une régulation forte contre les excès du capitalisme mondialisé : c'est la seule façon de limiter les forces centrifuges à l'oeuvre dans la société, et ce sont aussi des exigences communes aux plus raisonnables, qu'ils soient issus d'une culture  "de gauche" ou "de droite".

Cette nouvelle architecture politique a émergé de façon fracassante en 2016 avec l'élection inattendue  de Donald Trump et le vote en faveur du Brexit. Depuis, elle ne cesse de se généraliser avec la montée en puissance, partout, des forces du repli : on vient de le voir encore cette semaine, à la surprise générale, aux Pays-Bas.

Dans ce contexte, le grand défi des progressistes est d'accepter l'ouverture, les évolutions, la coopération internationale contre les risques de nationalisme, mais en veillant à conforter et non pas affaiblir la cohésion sociale du pays, en étant donc très attentif au progrès et à la justice sociale. Emmanuel Macron devrait le comprendre et remettre en cause l'évolution droitière de sa politique au moment de conclure le "grand débat".

A plus long terme, l'ampleur des destructions d'emplois peu qualifiés dans les pays avancés reposera inéluctablement à nouveau la question du partage du travail et des gains de productivité beaucoup plus que celle de l'allongement individuel de sa durée.



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