Communiqués

Incompréhension et désaccord

Publié le : 29 Jun 2018

La France n'a pas proposé d’accueillir l'AQUARIUS tout en acceptant de le faire pour ses occupants qui le demanderont après leur débarquement en Espagne, même chose pour le LIFELINE. Malgré les explications avancées, cette décision est pour moi incompréhensible en raison de l'urgence de la situation. Une réaction rapide et favorable n’empêchait en rien d'exiger que l'Europe propose rapidement une politique et des actions pour résoudre durablement et humainement ce problème des réfugiés comme cela a été fait les 28 et 29 juin.

Cette réponse, on le sait, ne va pas de soi ni pour la France qui a besoin de maîtriser rigoureusement les flux de réfugiés qu'elle acceuille pour en garantir l'intégration, ni pour l'Europe.

Elle est impossible à obtenir au niveau des 27, sauf à s'aligner sur le verrouillage total exigé par les Pays de l'Est. Concrètement, il revient à la France, l'Allemagne, l'Italie, la Grèce et l'Espagne de proposer une politique commune et applicable. Et même à ce niveau les pressions de la droite allemande et de l'Italie pour une forme de "verrouillage total" seront fortes. Ce sera difficile, car la montée des populismes et du rejet de tout accueil est une évidence, donc un obstacle important à des politiques réalistes alliant humanité et fermeté.

Mon désaccord de fond porte sur un autre sujet, l'idée que les politiques sociales, et notamment les minima sociaux, ne résoudraient pas la question de la pauvreté par paresse intellectuelle pour concevoir des mécanismes plus incitatifs au retour à l'emploi.

Cette analyse me semble fausse, contredite à la fois par l'efficacité des mesures existantes pour maintenir à flot les plus vulnérables (en France, la pauvreté est nettement plus faible qu'en Allemagne par exemple) et par la croyance que les plus démunis finissent par s'habituer à se contenter de ces aides. Hors des cas marginaux à sanctionner - ce qui est généralement fait - les études dont on dispose montrent que lorsque l'économie crée de nombreux emplois peu qualifiés ou accessibles aux plus démunis, le chômage et la précarité reculent. Si nous devons nous poser une question, c'est celle de savoir si la robotisation et la numérisation massive de très nombreux emplois ne vient pas tarir progressivement la masse des emplois peu qualifiés qui existaient auparavant. Car les nouveaux secteurs de service créateurs d'emplois (soins, personnes âgées etc.) exigent à la fois des qualifications et capacités personnelles liées à un certain niveau de formation.



Autres articles de cette rubrique